"Dans la vie, il n'y a pas de solutions ; il y a des forces en marche : il faut les créer et les solutions suivent."

 

Antoine de Saint-Exupéry.

 

  

"Pour ce qui est de l'avenir, il ne s'agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible."

 

Antoine de Saint-Exupéry.

 

 

Intervention lors de l'Assemblée plénière du 20/09/2012

Monsieur le Président,

Chers collègues,

 

Vous le savez, Alain Tourret est parti en juin dernier pour le Palais Bourbon. J’entends dire « personne ne peut remplacer Alain Tourret, il avait de la personnalité, du charisme, de l’expérience… » Certes, tout cela est vrai. Personne ne peut remplacer Alain Tourret. Mais on peut lui succéder, voilà pourquoi je suis devant vous. Eh oui, mais pour nous aussi « le changement c’est maintenant ». Une page se tourne et mes collègues et moi assumons pleinement ce passage de témoin, sans appréhension, faisant fi de ces remarques que je trouve un peu phallocrates vis-à-vis de notre groupe, on ne peut plus féminin, il faut bien le dire.

 

Après ce petit préambule, je voudrais aborder devant vous quelques sujets liés à la politique générale.

 

En 2012, le monde est en ébullition. Que voyons-nous sous nos yeux aujourd'hui ?

 

- une Europe au bord d'une faillite financière sans précèdent avec des instances communautaires en panne,

- une Europe centrale et de l'Est taraudée par un regain du nationalisme que ce soit dans l’Union européenne comme le démontre la situation de la Hongrie ou à l’extérieur avec les régressions démocratiques en Russie,

- un monde arabo-musulman secoué par un vent de révolte démocratique inédit mais où le printemps arabe s’est malheureusement transformé en automne théocratique,

- un continent africain qui cherche la voie démocratique par les élections libres et n'accepte plus avec résignation les despotes postcoloniaux,

- une Asie mineure coincée entre l'émergence étatique, les revendications nationales et l'islamisme politique,

- un Proche-Orient empêtré dans le conflit israélo-palestinien,

- l'exigence démocratique en Asie qui se développe avec la réussite économique où la Chine pèse de tout son poids économique même si les révoltes sociales se multiplient,

- la remise en cause de la suprématie mondiale nord-américaine et le poids grandissant de l'extrême droite religieuse dans la société américaine, comme l’a souligné la récente convention républicaine de Mitt Romney.

 

 

A ce rapide tour du monde géopolitique, il faut ajouter des drames humains qui traversent notre planète : l’extrême pauvreté de centaines de millions de malheureux, le travail (voire l’esclavage) des enfants, la condition des femmes bafouée, les peuples apatrides matraqués : les kurdes, les touaregs, les roms, les tziganes…

 

Enfin, les organisations internationales cherchent de manière évidente un second souffle et ne parviennent plus à répondre à toutes les urgences. L'impuissance de l'ONU face au massacre du peuple syrien du fait des vétos russes et chinois en est la tragique démonstration.

 

Il faut combattre pour la démocratie partout, œuvrer pour les droits de l'Homme. La démocratie ne peut vivre sans le respect de l’autre et la laïcité est la meilleure arme pour défendre les libertés individuelles, comme collectives.

 

Nous devons bien-sur, bien évidemment, prendre en compte l’urgence environnementale d’un monde aux ressources limitées, qui devient toujours plus criante : l’accès à l’eau potable, l'agrandissement des zones désertiques, le réchauffement climatique entrainant notamment les premières vagues de réfugiés climatiques.

 

 

Chacun le sait, la mondialisation est une réalité, l’économie est dérégulée et ouverte.

 

Chacun le mesure, la situation économique et sociale est difficile. En France, dix ans de gouvernance conservatrice laissent des traces profondes. Le gouvernement et sa nouvelle majorité parlementaire font face. Et la gauche n'a pas d'autre alternative que de réussir à redresser le pays. La suppression de 8 000 postes et la fermeture programmée de deux usines du groupe PSA ont frappé les esprits.


Inacceptable ! Inimaginable ! Dramatique ! Catastrophique ! Tous ces qualificatifs et autres superlatifs sont fondés, au regard des 8000 suppressions d’emplois annoncés par Peugeot, et cela sans compter les conséquences en termes d’emplois directs (sous-traitances), indirects (logistique) ou encore induits (services publics, commerces, collectivités territoriales) ; leur nombre pourrait se situer entre 40.000 et 50.000 si rien n’était fait d’ici là pour prévenir cette situation.

 

 

 

 

Derrière les incompréhensions et la colère légitimes que suscitent ce plan, tant au niveau des salariés qu’au niveau de la population, les pouvoirs publics ont toutes les raisons de dénoncer la façon dont la gouvernance du groupe PSA et l’exécutif précédent ont géré ce dossier, dans le mensonge et le dénigrement. En effet, chacun connaissait le plan de destructuration de certains sites de production, notamment la fermeture de celui d’Aulnay en Seine-Saint-Denis, et de désengagement en matière de recherche & développement en France.


Il faut condamner fermement cette gouvernance et exiger le retrait immédiat des décisions prises.

L’Etat français doit agir et prendre en compte plus globalement la réalité de l’industrie française dans son ensemble. Il donnera ainsi à la France les moyens d’une relance de ce plan de l’économie essentielle au renouveau de la croissance économique pour notre pays. Faute de cette action, nous nous enfoncerions alors irrémédiablement dans la régression économique et forcément sociale.

 


La France a besoin de mettre en place les moyens d’une politique industrielle digne de ce nom et de passer aux actes. Un ministère dédié est certes nécessaire mais il n’est pas suffisant pour être à la hauteur des enjeux et des réponses à apporter à la situation. Une politique industrielle doit être la clé de voûte d’un ensemble de domaines (réglementations, responsabilités et gouvernance d’entreprises, droit du travail, protection sociale et fiscalité), ensemble de domaines qui interfèrent dans son environnement, des différentes réalités des branches professionnelles et secteurs d’activité qui la composent, et des spécificités sur leurs territoires d’implantations. Il est aussi illusoire de croire que l'on va pouvoir mettre en place un schéma hexagonal qui ne s'inscrive pas dans le champ européen.

Il va bien falloir trouver une solution pour éviter l'hémorragie de l'emploi dans l'automobile et pas seulement autour de PSA.

Quel sera notre usage de l'automobile dans 30 ans ? A quoi cela va-t-il servir d'injecter des milliards d'euros si cette question n'est pas posée et qu'un schéma industriel n'est pas mis en œuvre pour répondre aux besoins futurs qui vont se dessiner ?

Nous devons redresser les comptes de la Nation, redresser nos finances publiques, renforcer notre économie. Cela ne se fera pas sans mal, mais constituera un atout pour l’avenir. Aucune sortie de crise n’est envisageable sans croissance.

Aujourd’hui, chaque euro dépensé pour payer les intérêts de la dette est une perte d’argent. Il ne peut être investi ni dans la recherche, ni dans l’éducation, ni dans l’innovation…

C’est pourquoi nous appelons, une fois de plus, à toujours plus d’Europe, à une Europe fédérale, à une Europe protectrice, à une Europe ambitieuse et ouverte, à une Europe libérée du carcan bancaire…

Nous le savons, nous, élus régionaux, avons peu de leviers pour relancer nos exportations, peu de leviers pour agir sur la consommation ou sur l’investissement privé. Mais nous pouvons participer à la mise en place des conditions qui accompagneront, faciliteront ce redécollage.

S’il est vrai que nous devons « nationalement » réduire notre dette, il faut permettre plus localement, régionalement, de maintenir un haut niveau d’investissement, investissements qui participent activement à cette recherche de relance économique.

Il est plus que jamais nécessaire que l'ensemble des parties prenantes, acteurs économiques, institutionnels et partenaires, conjuguent leurs efforts afin de créer les conditions du redressement du pays.


Notre Région s'inscrit dans cet effort de redressement. Dans tous les cas, les Français, et donc les-Bas-Normands ne sauront se contenter ni d’une certaine inertie en la matière, ni d’un échec de la politique mise en place. A leurs yeux, la réussite s’impose donc en toute évidence.

Après trente ans de décentralisation, il nous faut collectivement écrire un nouvel acte. L’acte 3 est dans les tuyaux. Et c’est tant mieux.

Pour la première fois depuis 8 ans, les Présidents de Régions ont été reçus par le Président de la République. Ce pacte pour la croissance et pour l'emploi, pour «garantir la cohérence et la lisibilité  de l'action et de l'intervention publique dans un souci d'efficacité» était nécessaire.

Les engagements communs signés par l’Etat et les Régions traduisent la force du changement. C’est un acte de confiance réciproque dans la capacité des collectivités territoriales à affronter les défis de la compétitivité, de la formation des jeunes, et de la lutte contre le chômage.

 

 

François Hollande a su écouter les collectivités, mais aussi les entreprises pour proposer une véritable révolution de l’action publique économique où la place des régions est reconnue et revalorisée. Elles participeront directement à la gouvernance de la Banque Publique d’Investissement, se verront confier la gestion de fonds européens, seront le pivot de la mise en œuvre des emplois d’avenir, des contrats de génération et de la réforme de la formation continue dans les entreprises.

Ces mesures sont concrètes et volontaristes : création de plateformes communes d’accueil des entreprises pour leurs besoins de financement, renforcement du crédit d’impôt recherche pour les PME, mise en œuvre des emplois d’avenir et de parcours qualifiant pour les jeunes, plan de formation des salariés en situation de chômage partiel ou menacé de l’être, réservation d’une partie des 120 Mds d’€ européens réservés à la croissance pour les projets des Régions.

L’enjeu, pour l’Etat, pour les Régions, est de retrouver la croissance, de relever le défi de la mondialisation, de créer les conditions d’une compétitivité.

On se félicite aussi que François Hollande, en parallèle ait réaffirmé ses priorités pour l'éducation, la sécurité, la justice, l’environnement, tout en engageant la France dans un effort historique pour trouver 30 milliards d'économies afin de réduire les déficits.

La tâche qui nous attend sera longue et semée d’embûches, mais
ensemble et unis, nous réussirons.

Merci pour votre attention.