"Dans la vie, il n'y a pas de solutions ; il y a des forces en marche : il faut les créer et les solutions suivent."

 

Antoine de Saint-Exupéry.

 

  

"Pour ce qui est de l'avenir, il ne s'agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible."

 

Antoine de Saint-Exupéry.

 

 

Intervention lors de l'Assemblée plénière du 26/02/2015

Monsieur le Président,


Mes chers collègues,


Il y a des dates qui marquent en profondeur la vie d’un pays.


Les attentats meurtriers perpétrés les 7, 8 et 9 janvier derniers au siège de l'hebdomadaire Charlie Hebdo, à Montrouge et Porte de Vincennes ont porté atteinte aux valeurs qui fondent notre République.


Les victimes ont été choisies parce qu’elles étaient des symboles. Symbole de la liberté d’expression, symbole de la diversité, parce qu’elles n’avaient pas la même religion. Et symbole de l’État. Ces policiers incarnaient l’autorité républicaine.

L'émotion et la réaction de ces foules, rassemblées spontanément pour défendre la liberté et la démocratie, dans toutes les villes de France, mais aussi à travers le monde, montrent que les terroristes échoueront. Cet immense élan populaire témoigne la volonté de s’unir quand l’essentiel est en jeu.

Ils échoueront car nous continuerons à défendre nos valeurs républicaines, à refuser le racisme, les amalgames, les stigmatisations et  les communautarismes.

Ils échoueront car la France restera juste et généreuse, sûre de ses valeurs de Liberté, de Justice, de Fraternité et de Laïcité et de son rôle unique dans le monde.

La France n’a qu'une communauté, qu'un peuple. L’acte de tuer n’appartient à aucune religion, à aucune philosophie. La République ne connaît que des citoyens ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs.

La Laïcité est la colonne vertébrale de notre République, un principe intangible, ni négociable, ni ajustable.


En 2012, François Hollande promettait d’inscrire ce principe dans la Constitution. Peut-être est-il temps de tenir cette promesse. La Laïcité, c’est ce qui nous permet de vivre tous ensemble, c’est le droit d’être différents, de penser différemment, de forger ses propres jugements. Jean Rostand écrivait qu’« être laïque, c’est former les esprits sans les conformer, les enrichir sans les endoctriner, les armer sans les enrôler ».

Vous le savez, les Radicaux de Gauche ont toujours promu la Laïcité. Et nous espérons que notre Région se dotera très bientôt d’un Observatoire Normand de la Laïcité, comme cela se fait déjà dans d’autres régions.


L'Observatoire de la Laïcité aurait notamment vocation à proposer des pistes de réflexion pour des problèmes que la mise en œuvre du principe de laïcité nécessiterait, mais aussi à organiser et soutenir des réunions ouvertes au public, et alimenter à ces occasions, la réflexion autour du thème de la laïcité. Elle doit être vivante et expliquée. Ce dispositif, nous le pensons, est pertinent, et les évènements récents l'ont encore rappelé.


La laïcité est notre force, notre richesse, elle ne peut pas être un étendard qui sert à discriminer certaines religions parce que les conséquences de cette forme d’exclusion sont terribles.


L’école notamment, doit rester un sanctuaire hors des passions humaines. C’est tout le sens de la circulaire de décembre 1936 de Jean Zay, alors Ministre radical-socialiste : « les écoles doivent rester l’asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas ».


Si nous avons été plusieurs millions à descendre dans la rue le 11 janvier dernier, pour dire non à la barbarie et refuser d'avoir peur, beaucoup sont restés chez eux, ne se sentant en rien « Charlie ». Pourquoi et comment nous en sommes arrivés là ?


Il est de notre devoir, nous, élus de la République, de créer les conditions du vivre ensemble, basé sur des valeurs communes, où chacun peut s'émanciper et prendre en main son destin. Pour se faire, nous devons permettre à chacun de se sentir citoyen français, avec ce que ça implique de droits et de devoirs.


Laïcité, solidarité, humanisme, tolérance et universalisme, telles sont les valeurs que les Radicaux de Gauche ont toujours défendues, et que nous continuerons de porter pour que naisse de la force de notre diversité, une unité nationale.


Jamais les appels à renforcer l'enseignement à la Culture de paix n'ont été aussi forts. Nous devons y répondre car, face à la violence, nous devons faire le choix de l'ouverture démocratique.


Plus que jamais la culture de Paix, les Droits de l’Homme, les principes de tolérance, de laïcité, de libre détermination des peuples, doivent être réaffirmés. Le monde connaît beaucoup de guerres. Certaines lointaines. D’autres qui frappent à nos portes.


Nous avons constaté douloureusement début janvier que c’était bien le cas. Cette culture de paix irrigue d’ores et déjà un grand nombre de nos politiques publiques régionales. Celles qui font de notre Région, une Région solidaire, une Région qui protège, une Région qui éduque, forme nos concitoyens. C’est le propre de l’action publique.

 

La Déclaration des Droits de l’Homme, où la Laïcité prend sa source, reste notre meilleur rempart contre l’obscurantisme.


La Basse-Normandie prend largement sa part et sa place dans ce combat pour les Droits de l’Homme et la Paix.


De par son Histoire, avec un grand H, la Normandie est plus que légitime à porter ce message.


Nos plages du Débarquement représentent des lieux emblématiques du tourisme de mémoire et portent des valeurs universelles de Paix, de Liberté et de Réconciliation.


Nous avons un devoir de mémoire contre l’oubli.

La mémoire est garante de l’identité humaine, à travers le temps et les générations.

 

Nous sommes impatients que nos plages du Débarquement en Normandie soient inscrites au patrimoine de l’UNESCO.

 

Les cérémonies commémorant le 70e anniversaire du Débarquement et de la Bataille de
Normandie nous ont montrés, s’il le fallait, que ces espaces de mémoire renforçaient  notre ouverture et notre image à l’international.


Le Mémorial de Caen est un véritable plaidoyer pour la Paix. Son approche rationnelle, analytique et instructive est essentielle pour que les peuples puissent progresser.


De nombreux événements ponctuent la vie du Mémorial, comme la rencontre internationale des dessinateurs, ou bien encore le concours international de plaidoiries pour les Droits de l'Homme.


Et puis, je dois citer bien sûr l’Institut international des Droits de l’Homme et de la Paix,  présidé par Alain Tourret.


La Normandie y est très impliquée, puisque les deux régions Basse et Haute Normandie en sont adhérentes. Depuis 2008, la Région Basse-Normandie, la Ville de Caen, l’Université de Caen Basse-Normandie, le Barreau de Caen et  le Mémorial pour la Paix, à travers l’Institut, promeuvent  les Droits de l’Homme et de la Paix à partir de Caen et du territoire normand.


Faire rayonner notre région et aider ses acteurs à affronter les défis de demain, aider chaque Bas-Normand à se projeter dans le monde et à rendre celui-ci meilleur, voilà une belle ambition. Notre positionnement géographique, de fait, doit nous tourner vers les autres.


Dans un monde interdépendant, l’avenir des territoires se joue dans l’ouverture à l’international. Il s’agit d’un enjeu majeur de responsabilité sociétale. Nous sommes bien évidemment en lien direct avec l’Union européenne qui a reconnu les Régions comme des acteurs incontournables.


S’ouvrir au monde, créer et animer des partenariats durables, favoriser le développement des valeurs de citoyenneté européenne et de solidarité internationale, participent à la diffusion des valeurs humanistes dans le monde. Ce sont autant d’occasions pour la Région de s’affirmer sur la scène internationale. C‘est aussi contribuer à renforcer la présence des acteurs socio-économiques bas-normands à l’étranger. Et c’est aussi accueillir des entreprises étrangères.


La coopération internationale en Basse-Normandie, ce sont :

  • des accords de coopération décentralisée qui recouvrent des domaines d’actions aussi variés que le développement économique, l’environnement, la culture, la santé, la formation et l’éducation.

C’est aussi un soutien à des projets de solidarité internationale, à des projets liés à des  jumelages avec des villes européennes, sans oublier une mise en réseau des acteurs régionaux.


Puisque notre politique régionale se décline aussi à l’international, nous contribuons donc à rendre le monde plus juste.


Pour conclure mon propos,  je reprendrai une citation de Jaurès : « L’histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches, la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l’invincible espoir ». Et c’est ce qui nous porte.


Et puis, Monsieur le Président, je ne peux terminer mon intervention sans évoquer la disparition de Michel Thoury qui était un ami.

On est entre nous, je vais vous faire une confidence.


Il y a une quinzaine d’années, je souhaitais m’engager en politique. A l’époque, beaucoup me disait que la politique, avec le nom de famille que je portais, ce n’était surtout pas pour moi. D’autres, parfois les mêmes, me disaient, qu’étant une femme, je devais plutôt m’investir dans l’associatif.


Puis j’ai rencontré Michel ThJoury, qui, lui, beaucoup plus ouvert, m’a tenu un discours tout autre.


- Tu es une femme, et alors ? Montre-leur que tu vaux autant qu’eux.

- Tu as un nom de famille lourd et difficile à porter, c’est vrai, et alors ? Fais-toi un prénom. Je sais que tu en es capable.

J’ai suivi ses conseils.

Si je suis là aujourd’hui, c’est  en partie, à lui que je le dois. Merci Michel.


Michel était un humaniste, passionné,  libre, moderne, généreux et loyal. Il aimait tellement la vie.


J’ai eu la chance depuis 2010, dans le cadre de ma délégation Littoral et Politique de l’Eau, de travailler avec lui très régulièrement. Il était un défenseur infatigable de la cause de l'Eau et de son, atteinte du bon état écologique pour répondre au mieux à la Directive Cadre sur l’EAU.

Je devais le retrouver en réunions mardi et mercredi, mais il n'était pas là.

Il va beaucoup nous manquer.

 

Merci de votre attention.


Muriel Jozeau-Marigné.


Seul le prononcé fait foi.